À chaque soirée, chaque atelier, chaque retraite, il y a un moment avant que rien ne commence : le cadre est posé à voix haute — et avec lui, la manière dont on va se dire oui, non ou pas maintenant. Personne n'arrive en connaissant déjà ce vocabulaire. Il s'enseigne à chaque fois, au groupe entier, dans les mêmes mots.

Le consentement verbal

C'est le plus évident et pourtant le plus facile à mal faire : demander ne suffit pas, il faut demander de manière à laisser une vraie place au non. Une question fermée et directe (« est-ce que je peux te toucher là ? ») laisse plus de place qu'une question qui cherche déjà l'accord (« ça te dérange pas si... ? »).

Deux outils verbaux reviennent dans presque tous nos formats :

  • Le code couleur. Un code simple à trois états (vert, orange, rouge) dit à voix haute pendant l'interaction. Elle sert quand un simple « non » serait difficile à prononcer ou quand la situation est ambiguë et que personne n'ose la nommer. Vert pour tout va bien, continuons. Orange quand ça commence à être trop intense et que c'est le moment de ralentir, de baisser en intensité. Rouge quand c'est trop : on arrête immédiatement la pratique.
  • L'échelle de douleur ou d'intensité. Un chiffre de 1 à 10 pour situer où on en est, sans avoir à expliquer, sans avoir à interrompre le geste pour argumenter. « Je suis à 8 » se dit en une seconde.

Les deux ont un point commun : ils remplacent une longue explication par un mot ou un chiffre, dans l'instant, sans casser l'élan de ce qui est en train de se passer.

Le consentement non-verbal

Certains formats se passent en partie ou en totalité sans parole. Pendant une Radical Love, les yeux sont bandés et la consigne est claire : la voix qui guide reste silencieuse, on écoute ce qui se passe dans le corps plutôt que dans les mots. Le verbal n'est simplement pas disponible : il faut autre chose.

  • La redirection. Prendre la main de l'autre et la déplacer ailleurs : pas ici, mais là, ça oui.
  • Le double tape. Deux tapotements sur la peau : non pour ce geste précis, sans plus d'explication nécessaire.
  • Le triple tape. Trois tapotements : non pour l'interaction entière, on arrête.

Ces signaux sont expliqués avant que l'expérience ne commence. Personne ne les découvre en situation.

Pourquoi les deux, toujours

Un cadre qui ne s'appuierait que sur le verbal exclurait tout ce qui se passe dans le silence, l'obscurité ou l'intensité d'un moment où parler casserait quelque chose. Un cadre qui ne s'appuierait que sur le non verbal deviendrait vite trop approximatif pour les situations qui demandent une vraie précision : une limite physique, un statut de santé, une négociation avant de commencer.

Les deux jeux de signaux coexistent et le choix de l'un ou de l'autre dépend du format, du moment, de ce qui est possible ou non pour chacun·e à cet instant précis. Ce qui ne change jamais : rien de tout ça ne s'improvise. C'est enseigné, à voix haute, avant que ça compte.