On demande parfois ce qu'on « fait » dans nos soirées, comme on demanderait une liste de courses : du bondage, de l'impact, de la contrainte, du service... La question n'est pas absurde : ces pratiques existent, elles ont des noms, elles s'apprennent. Mais s'arrêter là, c'est manquer l'essentiel de ce que le kink permet.
Ce qu'une pratique peut révéler
Prenons le service : dans un Dîner des Maîtresses, des soumis·es passent aux petits soins des Dominas. Ce n'est pas qu'une affaire de rôles à jouer, c'est aussi une manière de questionner ce qu'on nous a appris sur qui doit servir et être servi. Le fantasme et l'excitation ne naissent-ils pas de ce qui est subversif ?
Prenons l'inversion des rapports de pouvoir : un Grand Procès met en scène une société où la gynarchie est la norme, où des hommes sont jugés pour avoir réclamé des droits. Le roleplay est fictif, mais le trouble qu'il produit (remarquer à quel point l'inversion paraît étrange, exagérée, presque comique) ne l'est pas. C'est précisément ce trouble qui enseigne quelque chose sur la norme qu'on prend d'ordinaire pour acquise.
Déconstruire, pas seulement consommer
Le kink peut être un espace de plaisir, évidemment — et ce serait absurde de le nier. Mais il peut aussi devenir un espace de déconstruction de ce qu'on nous a appris sur la séduction, la virilité et la féminité, le couple et la monogamie, la domination et la soumission, la place que l'on est censé·e occuper. Explorer ce qui excite, ce qui trouble, ce qui attire ou dérange, c'est une manière de reprendre le pouvoir sur ses propres imaginaires plutôt que de les subir tels qu'on nous les a transmis.
Une pratique qu'on réduit à une technique à maîtriser reste à la surface. La même pratique, abordée comme un terrain d'exploration, peut ouvrir sur des questions bien plus larges : pourquoi ce rôle-là me met mal à l'aise, pourquoi celui-ci me libère, qu'est-ce que ça dit de ce que j'ai appris à croire normal.
Débutant·e ou expert·e, curieux·se ou kinky
On n'a pas besoin d'arriver avec un vocabulaire déjà maîtrisé ou une pratique déjà identifiée. Ce qui compte, ce n'est pas de cocher une case dans un catalogue, mais d'accepter d'être un peu chahuté·e par ce qu'on découvre, de soi, des autres et de ce qu'on croyait déjà savoir. Nos pratiques et nos kinks évoluent souvent en fonction des moments de vie, des rencontres que l'on fait et de notre expérience.
