*Anna Curious a participé aux Grandes Enchères en tant que lot. Iel raconte sa soirée dans ses mots, publiés ici avec son accord. *


« Il y a quelques mois, lorsque je ne regardais les événements kinky que de loin et avec envie, un·e ami·e me parla d'une très bonne soirée passée lors des Grandes Enchères de L'Obsidienne au Kink Study.

J'étais d'abord plus que méfiant (je suis un peu trop noire, je pense, pour apprécier la vente d'êtres humains, même récréative). Cette personne a su me rassurer : on était éloigné de l'ambiance marché aux esclaves, on restait plus sur un côté ludique, avec l'achat de concepts, personnages et objets.

La narration de son achat d'une charmante table auxdites enchères fait d'ailleurs partie intégrante de l'origin story de mon intérêt pour la forniphilie. Je voulais non pas être la chaise sur laquelle elle s'assoit, mais être la table sur laquelle ont reposé ses pieds, et probablement plus si affinités.

J'étais décidé à participer à de prochaines enchères.

Préparation

Plus tard, quand le temps de m'inscrire fut venu, je fis face à quelques insécurités. Je n'avais aucune expérience dans ce genre d'événements. Je craignais d'être un lot sous-performant ou d'être un acheteur sous-stimulant pour un lot de qualité.

Je me suis décidé à être un lot. Et même, un ours en peluche à pervertir.

Première étape : remplissage de la fiche. Il s'agit de décrire son personnage et lister ses envies et ses limites.

On vise quelque chose de simple qui se comprend facilement.

Je fais relire ma fiche à un·e partenaire. Dans les limites, je pense à certains fluides corporels et aux douleurs intenses ou marquage permanent.

Ledit partenaire me fait une remarque intéressante. Vu la nature de l'objet incarné, il semble essentiel d'indiquer ma limite concernant l'age play. Iel me connaît bien.

J'ajoute à mes limites « objet de collection pour ADULTE ».

La vente

Le jour J arrive, et je suis stressé. Il fait très chaud. Heureusement la salle est climatisée, cela permet un petit havre de presque fraîcheur. »

« Je reconnais des têtes (et autres parties du corps) d'autres lots en train de se préparer, mais je suis trop stressé pour le moment pour interagir socialement. Il me faut un peu de temps pour me détendre.

Le panel de lots proposés est qualitatif et varié.

Vampire, djinn, automates, momie, chat, sorcière... concepts plus abstraits comme objet de désirs, orage incarné... du très concret, comme un tissu microfibre pour le ménage, ou une dinde à farcir.

Les efforts de la mise dans le personnage sont admirables et admirés.

Forcément, j'ai de nouveau des insécurités. En ai-je fait assez, avec mon maquillage, mes oreilles, mon t-shirt et mes fesses à l'air, inspiration Winnie l'ourson ?

On s'installe dans la salle. Des rangées de chaises, vides pour le moment, sont installées. Après une présentation du déroulé de la soirée, nos fiches de personnage nous sont confiées et nous sommes invités à nous mettre en valeur avant l'arrivée des acheteur·euses, notre fiche à la main.

Les acheteur·euses finissent par arriver, et ont une dizaine de minutes pour observer et repérer les lots, avant le début des enchères.

Je suis donc assis en position nounours, souriant en tendant ma fiche à qui veut la voir. Je maintiens les regards espérant faire bonne impression et pourquoi pas marquer un peu quelques personnes. Il s'agit de se vendre.

Lors de la présentation, il nous a été indiqué que tout le monde n'était pas forcément acheté et qu'il ne fallait pas le prendre personnellement. C'était aussi une question d'envie et de vibes, par rapport à nos descriptions. J'essaye de le garder en tête.

Je regarde les différents autres lots et je me laisse à penser que plusieurs étaient à mon goût et que j'aurais eu quoi faire de mon argent, si j'avais été côté acheteur·euse.

Au début de l'événement, les acheteur·euses se sont vu confier de l'argent (fictif) réparti de façon non équitable. Ce sont ces devises qui serviront à acquérir les lots.

Les acheteur·euses vont s'asseoir. Les enchères commencent.

Lorsque c'est le tour d'un lot, sa fiche est lue au micro par la commissaire-priseuse. Elle contient la description du personnage, ainsi que ses limites et envies. Un membre du staff exhibe le lot à l'assemblée, en ajoutant quelques blagues de plus ou moins bon goût, au passage.

De ce que j'observe, les lots au concept simple partent plus facilement et les acheteur·euses se les arrachent, comme la serviette microfibre, ou Tarzan.

Certains lots aux concepts plus complexes trouvent plus difficilement preneur·euse. C'est un poil frustrant mais c'est ainsi.

Des lots partent pour des milliers d'euros fictifs, d'autres pour des dizaines. Il semblerait que plus le lot est présenté comme étant de mauvaise qualité, plus les acheteur·euses semblent s'amuser à faire grimper l'addition, et je comprends.

Mon tour arrive, je suis vers la fin. J'ai espoir que comme il ne reste presque plus de lots, les gens seront plus enclins à se soulager de quelques deniers, pour m'acquérir. Je m'efforce de tout de même garder en tête que je ne dois pas prendre personnellement une éventuelle absence de personnes intéressées.

On me fait me lever, je parade et j'attends le verdict. Les enchères commencent à 30 € il me semble. J'espérais plus.

Il y a un silence suivant cette annonce. Ça ne se bat donc pas pour m'avoir. Tant pis pour elleux.

Je prends note, un concept potentiellement adorable à un événement kinky, quand l'age play est une hard limit, n'était pas l'idée du siècle. C'est comme ça que l'on apprend.

Deux personnes sont venues me voir après la vente, pour me dire que mon concept était mignon, mais qu'iels n'osaient pas acheter des personnes inconnues. Je peux comprendre.

Au bout de quelques secondes, un duo ayant déjà fait l'acquisition d'une sorcière accepte le prix énoncé.

L'honneur est sauf je suppose. Une fois la transaction effectuée, je me place à leur côté, en attendant la fin de la vente.

Play time

Ça y est, tous les lots sont vendus. Notre groupe constitué d'un duo d'acheteur·euses, d'une sorcière et d'une nounours (moi), se dirige dans la salle du fond, sur des matelas. On m'indique de rester sans bouger, au cas où un câlin serait requis. Dans un premier temps, c'est à la sorcière d'être « utilisée ».

J'attends sagement dans mon coin et obtiens l'autorisation de regarder. C'est loin d'être un secret, le voyeurisme est l'un de mes plaisirs tout à fait assumés. Je me nourris de ce que je vois tout en étant un poil envieuse.

Quelque temps après, l'un·e de mes acheteur·euses décide qu'il est temps de s'occuper un peu de moi. Je me fais attacher. Mes bras sont restreints et des cordes devant les yeux m'empêchent de voir.

On me dit à l'oreille que je suis un ours en peluche, posé sur une étagère et j'attends immobile en me demandant ce qu'il pourrait bien pouvoir m'arriver. Ce n'est pas difficile à imaginer, si l'on remplace l'étagère par un matelas, on est finalement très proche de la réalité.

Les yeux masqués, je me concentre encore plus sur les sons. Je me demande ce que ça ferait de jouer avec certaines personnes, dont les ébats captent mon attention.

Vient mon tour d'être au centre de l'attention d'un·e de mes acheteur·euses. J'ai sorti et ai mis en amont la roulette de Wartenberg, afin d'indiquer mon envie de sensation play (au cas où ce n'était pas assez explicite sur ma fiche).

C'est la première fois que je me laisse être à la merci d'une personne inconnue. Je me souviens surtout de m'être fait griffer, de sentir son poids s'appliquer avec attention sur diverses parties de mon corps. Je gémis, beaucoup.

Je suis libéré après cette séance de douce torture, afin de m'hydrater. Il fait assez chaud malgré la climatisation.

Je salue la riche idée qu'a eue une des personnes participantes, d'apporter de la pastèque en morceaux. Le combo léger, aqueux et sucré est parfait pour faire une pause et reprendre des forces, tout en se rafraîchissant.

Je profite également de cette pause pour papoter avec une charmante nonne, tout en la mordant et lui faisant tester la roue de Wartenberg. Apparemment, ça lui a plu.

En déambulant dans l'espace de jeu, je laisse mes yeux se perdre sur les moments que vivent d'autres participant·es. Des coups sont donnés, des orifices sont remplis, des dos sont chevauchés... J'apprécie faire partie de cet ensemble.

Je reviens vers mon précédent bourreau et exprime mon envie de fessée. Celle-ci est très probablement influencée par les bruits de claquements, suivis de gémissements ambiants. Cela tombe bien, son binôme adore en mettre.

Je fus donc fessé avec soin, avec pour consigne de compter à voix haute le nombre de claques m'arrivant sur les cuisses et fesses et en remerciant à chaque fois pour l'attention qu'il m'a été accordée.

En guise de récompense, suite à cette pluie de coups, le nounours a enfin eu le droit à son câlin.

Lors de cette soirée, j'ai aperçu plusieurs personnes de ma connaissance en pleine action, et cela m'a donné envie de jouer ensemble, mais chaque chose en son temps et chacun son moment.

Il y aura d'autres soirées, et la prochaine fois, je sais que j'oserai demander. »