Le femdom, c'est la domination exercée par des femmes et des personnes minorisées de genre. Dans l'imaginaire collectif, ça se résume à une silhouette : latex, talons, cravache, regard sévère. Une esthétique, éventuellement un service qu'on achète à l'heure.
Ce n'est pas ce qu'on pratique, l'écart entre les deux mérite d'être expliqué.
Ce que le femdom n'est pas
Ce n'est pas un métier, en tout cas pas dans nos événements : nos Dominas ne sont pas rémunérées par les personnes qui se soumettent à elles, il ne s'agit pas d'une prestation.
Ce n'est pas non plus une inversion symétrique du patriarcat. L'idée qu'il suffirait de renverser les rôles pour rétablir un équilibre est séduisante et fausse : elle suppose que le pouvoir serait une quantité fixe qu'on se passerait d'un camp à l'autre. Ce qui se joue est plus intéressant que ça.
Ce n'est pas réservé uniquement aux femmes cis. Femmes trans, personnes non binaires et autres personnes minorisées de genre y ont toute leur place, des deux côtés de la dynamique.
Prendre une place qu'on a appris à ne pas vouloir
Une culture hétéropatriarcale a décidé qui a le droit de désirer et comment.
Beaucoup de femmes arrivent au femdom sans se sentier légitimes. Pas par manque d'autorité : parce que personne ne leur a jamais appris que c'était disponible. Demander précisément ce qu'on veut, occuper l'espace sans s'excuser, laisser un silence s'installer, dire non sans l'emballer dans trois précautions, ce sont des gestes qui s'apprennent quand on a passé sa vie à faire l'inverse.
Ce que le cadre érotique permet, c'est de s'y exercer dans un espace où c'est explicitement le contrat. Ce qui s'apprend là ne reste pas là, cela infuse dans la confiance et l'estime de soi que l'on a au quotidien. C'est en cela que c'est politique : pas parce que ça symbolise quelque chose, mais parce que ça change ce dont une personne se sait capable.
Ce que ça déplace chez les personnes qui servent
L'autre versant est tout aussi intéressant. Un homme cis qui se met au service d'une femme, dans un cadre choisi, fait l'expérience de quelque chose que sa position sociale lui épargne d'ordinaire : attendre, anticiper un besoin qui n'est pas le sien, être évalué sur sa capacité à bien faire, ne pas décider.
Prends le service, tel qu'il se pratique au Dîner des Maîtresses : des soumis·es passent la soirée à prendre soin de Dominas, dans un cadre où ce soin est célébré au lieu d'être invisible. C'est exactement le travail que des millions de femmes fournissent gratuitement chaque jour sans que personne n'y voie une compétence.
Le rendre visible, valorisé, désirable, c'est déjà dire quelque chose sur qui le fait d'habitude, et pourquoi cette question dérange autant en dehors de ce cadre (voir l'article).
La gynarchie comme fiction utile
Plusieurs de nos formats posent un monde où le pouvoir est structurellement féminin. Le Grand Procès met en scène une justice gynarchiste. Femmes au pouvoir réunit un conseil de direction exclusivement féminin, quand, en 2022, les femmes représentaient en moyenne 22,95 % des comités exécutifs du CAC 40.
Ces fictions ne prétendent pas être un projet de société. Elles font autre chose : elles rendent visible, par le renversement, ce qui passe inaperçu à l'endroit. Une salle où toutes les personnes qui décident sont des femmes produit un effet de surprise, et cet effet de surprise est en lui-même l'information.
Ce que ça demande
Dominer sérieusement ne s'improvise pas. Ça demande de connaître les risques des pratiques qu'on propose, de lire l'état de quelqu'un pendant qu'on lui fait quelque chose, de savoir s'arrêter, et d'assumer l'aftercare qui suit, le sien compris (voir l'article).
Le pouvoir, ici, n'est pas pris. Il est donné, précisément, pour une durée définie, par quelqu'un qui peut le reprendre à tout moment. C'est ce qui le distingue de celui qu'on subit ailleurs.
