« En fait, c'est du libertinage ? » J'entends parfois la question et elle est légitime : les deux univers partagent la non-exclusivité, la sexualité entre adultes consentants, parfois les mêmes lieux. La réponse est non et la différence ne tient pas aux pratiques. Elle tient à ce que le mot engage.

Le sexpositif est un mouvement, pas une offre de loisir

Le libertinage est une pratique : échangisme, candaulisme, sexualité en groupe. Il n'a pas vocation à porter un discours et il n'y a rien à lui reprocher pour ça.

Le sexpositif est né comme un mouvement politique, dans le sillage des luttes féministes et queer. Son postulat : le plaisir n'est pas un supplément d'existence, c'est un terrain où se rejouent les rapports de pouvoir. Qui a le droit de désirer, qui doit se taire, quels corps sont désirables, qui paie et combien.

C'est pour ça que nos soirées commencent par un cercle où le cadre est posé à voix haute.

Les corps

Dans beaucoup d'espaces libertins, un filtre s'exerce à l'entrée : sur l'apparence, sur l'âge, sur la conformité à un certain standard. Parfois explicitement, souvent par la sélection à la porte.

Le sexpositif est body-positive par construction. Quels que soient ton corps, ton âge, ton handicap, ta corpulence, tu es à ta place. Ce n'est pas une tolérance accordée : c'est un des piliers.

Le genre et l'orientation

C'est sans doute la différence la plus nette. Le monde libertin reste largement organisé autour du couple hétérosexuel : on y entre souvent en couple, l'homme seul y est fréquemment refusé ou surtaxé, et les identités trans ou non binaires n'y ont pas toujours de place évidente.

Le sexpositif est gender-inclusive par essence. Femmes cis et trans, hommes cis et trans, personnes intersexes, non binaires, agenres, gender fluid : personne n'est exclu sur ce critère. De plus, on ne vient pas nécessairement à deux.

Corollaire : pas de dress code imposé, pas d'injonction à jouer un rôle genré, pas de reproduction des scripts du porno. Ce que tu fais du regard des autres t'appartient.

Le consentement comme matière première

Dans un club, le consentement est un principe général qui vaut a posteriori : on est entre adultes, on se débrouille. Dans un espace sexpositif, c'est une compétence enseignée avant que quoi que ce soit ne commence : code couleur, échelle d'intensité, signaux non verbaux pour les moments où parler n'est pas possible (voir l'article). Une personne neutre est présente pendant toute la durée de l'événement (voir l'article).

La sexualité n'est jamais ni une obligation, ni une attente.

Ce texte n'est pas contre le libertinage

Il n'y a aucun jugement à porter sur des adultes qui organisent leur vie sexuelle comme il leur convient. Beaucoup de personnes circulent entre les deux mondes et c'est très bien.

La distinction est utile pour une autre raison : quand quelqu'un arrive chez nous en s'attendant à un club libertin, il repart déçu, et quand quelqu'un n'ose pas venir parce qu'il croit que c'en est un, on perd exactement les personnes à qui ces espaces sont destinés.